17.08.2010

Pourquoi on ne donne pas au Pakistan?

Les inondations catastrophiques du Pakistan soulèvent des interrogations au sein de la communauté de l'humanitaire international.

On se demande pourquoi l'aide n'arrive pas plus vite.

On se demande pourquoi les donateurs ne donnent pas plus.

On compare pourtant cette catastrophe aux récents évènements (Haiti et Tsunami notamment) par une macabre escalade du nombre de morts ou de déportés.

 

Il existe pourtant beaucoup de raisons qui font que l'occident ne se préoccupe pas plus que ca du pakistan. Voici celles qui me sautent aux yeux:

  • Nous sommes en période de récession: le don se porte moins bien depuis plusieurs années (baisse de 3,6% aux US en 2009)
  • la mobilisation est déjà allée ailleurs: Haiti en début d'anée, puis tremblement de terre au Chili, sans compter la fuite de pétrole américaine
  • L'exemple d'haiti où plusieurs mois aprés, l'argent n'est souvent pas arrivé, et les changements positifs se font attendre: on a beaucoup donné, les médias ont été trés présents au début, mais il n'y a guère eu de suivi ensuite, et les donateurs se demandent un peu ce qu'ils se passe.
  • Qui a été submergé de demandes de dons? Moi je n'ai recu aucun mailing, ni recu aucun SMS m'incitant au don. Le mouvement n'est pas (encore?) en marche.

Ca se sont les raisons trés rationelles du non-don. Il existe malheureusement d'autres raisons beaucoup moins rationelles, mais qui me semblent pourtant emcore plus importantes. Ce n'est pas joyeux mais il faut bien en parler:

  • C'est les vacances: les aoûtiens ne sont pas encore rentrés. Donateurs et médias ne sont pas encore prêts. On est pas disposés à donner car les médias ne font pas la une de cette catastrophe, les envoyés spéciaux sont aussi en vacances...
  • Le Pakistan c'est vraiment loin, et pas trés sexy: les plages paradisiaques du touriste occidental ne sont pas touchées
  • Plus délicat: les occidentaux ne sont pas trés présents là-bas, donc ils n'ont pas été touchés, contrairement aux touristes du tsunami, ou encore les nombreuses ONG déjà présentes en Haiti. Loin des yeux, loin du coeur... Je lis parfois que nous n'avons pas de proximité culturelle avec le Pakistan, ce qui ressemble à un doux euphémisme pour dire qu'on s'en fout. PLus poliment on pourrait dire qu'on y est peu sensible comme le démontre ce sondage.
  • Enfin, et c'est le pire, le Pakistan est associé depuis longtemps dans les médias à un pays de terroristes, et au gouvernement corrompu. Depuis le lendemain du 11 septembre, l'imagerie populaire même voit le Pakistan comme un pays plus ou moins en guerre civile, abritant de manière incompréhensible Ousama Ben Laden quelque  part dans ses montagnes et bénficiant d'une protection des habitants et/ou des officiels.

Alors finalement, donner pour le Pakistan revient à donner à Ben Laden. C'est le raccourci immédiat que l'on fait sans s'en rendre compte. Pas étonnant que l'aide ne suive pas...

 

C'est cet odieux raccourci que les médias doivent briser au plus vite, pendant que des millions de vies innocentes sont en jeu, victimes de caprices de Dame Nature. Quand on regarde cette image, on réalise à quel point notre aide est importante...

16.06.2010

Humanitaire: sortir de la logique d'urgence

Plus nous sommes témoins de catastrophes humanitaires et plus il devient flagrant que notre système humanitaire ne fonctionne pas. Aussi longtemps que l'humanitaire sera tributaire de la logique du prime time, il demeurera d'une efficacité douteuse.

Je prends pour exemple Haïti. la semaine dernière, le 12 juin, cela faisait précisément 5 mois que la terre y avait tremblé. Avez-vous lu un papier sur la question dans les journaux du week-end? Qui se soucie de 5 mois ? Ça n'est pas un anniversaire ça 5 mois! Par contre je vous prédis que le mois prochain, lors des 6 mois, ce qui est beaucoup plus pertinent pour les médias, on en parlera (un peu). Bon, bien sûr c'est la coupe du monde de foot, alors tous les regards sont tournés vers le ballon rond et vers l'Afrique du Sud, pas vers Haïti et sa reconstruction. J'imagine aussi que les 12 mois, le premier anniversaire de la catastrophe on se posera la question de savoir si l'aide est parvenue à bon port et comment elle fut utilisée.

Ce qui est déplorable dans notre système humanitaire, c'est la logique de l'urgence. Des images chocs dans l'actualité soulèvent la compassion et suscitent le don. Mais qu'en est-il ensuite ? On nous dit qu'il faudra 10 ans pour reconstruire Haïti. Alors oui, certes, des dons ont été faits, plus que pour le Tsunami même, c'est dire. Mais qui fait le suivi ? qui nous tient au courant de l'état de la reconstruction sur une base régulière ? Quand je lis comment ont parfois été utilisés les dons du Tsunami (c'était il y a 5 ans, on peut donc avoir un certain recul), ça ne me donne guère envie de redonner lors de la prochaine catastrophe...


Comment se fait-il qu'à l'ère des médias sociaux, mon don ne me permette pas de participer ou du moins de suivre en temps (presque) réel ce qui se passe sur place?
Nous vivons désormais dans un monde où l'on veut savoir ce qu'il se passe, surtout qu'en tant que donateur je me retrouve participant actif de la reconstruction. Je veux savoir comment mon argent est dépensé, et par qui. J'ai besoin de témoignages. J'ai surtout besoin qu'on me prouve que mon geste a été utile. Et que je devrais poursuivre ma générosité. Il n'appartient pas aux médias d'attirer mon attention tous les 6 mois sur l'humanitaire. Je dois me sentir impliqué par mon ONG. Pourquoi pas plus de blogues par exemple ? Ça ne serait pas bien difficile à mettre en place. Tous les envoyés sur place sont capables de bloguer. Qui sait utiliser un traitement de texte peut bloguer, pour peu qu'on le lui demande gentiment... Pas besoin de grands moyens.

Les logiques de notre système humanitaire datent d'il y a plus de 50 ans. On n'a guère évolué depuis. Je vois de près les tactiques publicitaires de certaines ONG et fondations. On fait un blitz une ou deux fois par an dans les médias traditionnels, et on arrête, par manque de moyens certes, mais surtout parce que l'argent doit être utilisé pour agir plutôt qu'à communiquer. Bien sur communiquer (pardon on dit "sensibiliser" dans cette industrie) est important, mais combien se donnent la peine de le faire sur le long terme ? Combien d'ONG entretiennent-elles des blogues sur leurs activités ? Combien donnent la parole à ceux qui sont aidés ? Bien peu en vérité. Je décèle une certaine volonté d'aller plus loin, mais souvent par manque de moyens ou de connaissances, on se contente de répéter les bonnes vieilles recettes qui marchent (ou pas), parce qu'on sait le faire.

Quand je consulte les sites de mes ONG préférées, je me retrouve trop souvent à la préhistoire du web. Et quand c'est moderne, trop souvent c'est inefficace.

Si vous avez un blogue d'ONG ou de fondation qui fonctionne, merci de me le faire savoir, je ferai un autre billet sur les bons et moins bons coups dans le secteur... En attendant, pour finir sur une note optimiste (on ne se refait pas), voici ce que fait le CECI pour Haïti: ce n'est pas encore un blogue mais au moins j'ai des infos régulières, et même des témoignages vidéo comme celui ci-dessous. Nous sommes dans la bonne direction.