09.11.2009
Faut-il choisir entre les ânes et les femmes ?

En Angleterre, on donne plus aux ânes en péril qu'à la lutte contre la violence conjugale. Jusqu'où peut-on hiérarchiser les causes?
Je suis récemment tombé sur une statistique pour le moins étonnante. Saviez-vous que l'organisme britannique Donkey sanctuary récolte plus en levée de fonds que les trois principales organisations du pays luttant contre la violence conjugale réunies?
Ainsi, le "sanctuaire des ânes" récolte 20 millions de livres et les trois organismes contre la violence 17, à en croire des chiffres de 2006 cités dans cet article du Guardian en avril 2008.
Les chiffres datent un peu, certes, mais peu importe; il est tout de même nécessaire de s'interroger sur de tels écarts. Est-il légitime de donner autant d'argent pour des animaux quand il y a tant d'êtres humains en souffrance? Plaçons-nous nos efforts à la bonne place? Devrait-il exister des systèmes pour privilégier tel ou tel type de don?
La question n'est jamais posée car le vrai problème n'est pas tant de savoir s'il vaut mieux donner aux animaux qu'aux hommes, mais de savoir comment hiérarchiser les causes humanitaires et philanthropiques, ce qui est inacceptable.
Poser la question de la hierarchisation des causes est tout simplement impossible en plus d'être déplacé. En effet, qui dit hiérarchiser dit aussi jugement de valeur. Devrions-nous calculer le nombre de mort d'une cause avant de nous décider à donner?
Non, bien sûr. Si la souffrance est prise en compte dans le geste du don, les principes le sont tout autant. Même s'il meurt moins de femmes de violence conjugale en Angleterre que de famine en Afrique, la première cause mérite tout autant notre attention et notre soutien que la seconde. Il ne suffit pas d'être deux organismes sans but lucratif pour être comparable.
Par ailleurs, ceux qui essaient de hiérarchiser les causes ignorent un principe fondamental de l'économie caritative, à savoir la non-transférabilité du don. On ne peut pas demander d'arrêter de donner aux animaux pour donner aux humains, cela ne fonctionne tout simplement pas comme ca. Il n'existe pas de vases communicants entre les causes.
Sans compter que les dons attribués aux défenseurs des animaux rejaillissent aussi indirectement en bénéfices difficilement calculables sur l'humain.
Pour reprendre l'exemple de donkey sanctuary par exemple, ils consacrent une partie de leurs activités aux enfants handicapés, qui créent une relation affective avec les animaux, en vue d'améliorer leur estime de soi et leur développement.
L'organisme finance aussi des cliniques vétérinaires pour aider les ânes dans les pays pauvres, ce qui aide autant leurs propriétaires que les bêtes elles-mêmes... Les frontières sont donc très minces entre les causes et leurs bénéfices.
C'est pourquoi on assiste aujourd'hui à une certaine selection des organismes caritatifs, en concurrence pour leurs opérations de levées de fonds, mais qui se font plus au niveau de leur efficacité.
On parle aussi de plus en plus de capitalisme philanthropique, où des financements importants sont accordés en fonction du retour sur investissement, des résultats attendus et sur des données telles que le pourcentage affecté à l'administration du don comparé à celui affecté aux actions de terrain.
Nous assistons aussi de plus en plus, du moins de ce coté de l'Atlantique (NDLR : au Canada), à un mouvement de regroupement (parlerons-nous de fusion?) des organismes caritatifs luttant pour les mêmes causes. Arrêter de travailler de manière cloisonnée est un bon début pour maximiser l'impact du don...
Au final, c'est une tendance humaine naturelle que de vouloir hiérarchiser, cataloguer, ou trier, mais dans le domaine du marketing de la cause, c'est tout simplement impossible. Personne n'a le monopole du cœur comme disait quelqu'un... et en l'occurrence personne ne doit l'avoir.
10:38 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : angleterre, violence conjugale, femmes
17.07.2009
La Crise? Pas pour la philanthropie anglo-saxonne

Selon cette étude qui vient de sortir, la crise ne frappe pas les grands donateurs anglais et américains, bien au contraire. Le rapport révèle que malgré la récession, 75% d'entre eux n'ont pas diminué leur donations, et que 26% l'ont même augmenté au cours des 18 derniers mois.
Le rapport met également à jour une (relativement) nouvelle tendance selon laquelle de plus en plus de jeunes entrepreneurs fortunés accordent une importance cruciale à leur engagement philanthropique.
Il s'agit de cette génération (qui a souvent fait fortune dans les hautes technologies) consciente que le poids de la dette sur les gouvernements les incitent à resserrer les finances publiques. Les fondations et autres organismes caritatifs prennent le relai, grâce au don.
On ne sera pas étonné non plus d'apprendre que la prochaine génération de philanthropes a aussi tendance à soutenir des causes globales: 59% des 18-34 ans sondés déclarent accorder une grande importance à ces causes globales (contre seulement 24% des 35-44 ans).
L'efficacité du don est aussi un élément prioritaire pour cette nouvelle génération de donateurs. Ils souhaitent voir les résultats de leur argent de leur vivant plutôt que d'attendre aprés leur mort que leur legs travaille pour le bien commun et leur postérité. Dans ce sens, le don va ressembler à de l'investissement social...
Un autre fait notable de l'étude "Tomorrow's philanthropy" de la Barclay, c'est le don féminin. Les femmes donneraient presque le double des hommes (2,3% de leurs montants à investir contre 1,3 pour les hommes).
Le rôle des femmes dans le futur de la philanthropie serait d'autant plus important qu'elles y consacrent une plus grande part d'argent. Surtout, leur impact sur les générations futures et leur éducation serait renforcé par le fait qu'elles sont beaucoup plus enclines à aborder la question philanthropique avec leurs enfants que les hommes.
Pour télécharger l'étude "Tomorrow's philanthropist" dans son intégralité en pdf, cliquer ici.
18:40 Publié dans Philanthropie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philanthropie, femmes, crise, anglo-saxons




