16.06.2010
Humanitaire: sortir de la logique d'urgence
Plus nous sommes témoins de catastrophes humanitaires et plus il devient flagrant que notre système humanitaire ne fonctionne pas. Aussi longtemps que l'humanitaire sera tributaire de la logique du prime time, il demeurera d'une efficacité douteuse.
Je prends pour exemple Haïti. la semaine dernière, le 12 juin, cela faisait précisément 5 mois que la terre y avait tremblé. Avez-vous lu un papier sur la question dans les journaux du week-end? Qui se soucie de 5 mois ? Ça n'est pas un anniversaire ça 5 mois! Par contre je vous prédis que le mois prochain, lors des 6 mois, ce qui est beaucoup plus pertinent pour les médias, on en parlera (un peu). Bon, bien sûr c'est la coupe du monde de foot, alors tous les regards sont tournés vers le ballon rond et vers l'Afrique du Sud, pas vers Haïti et sa reconstruction. J'imagine aussi que les 12 mois, le premier anniversaire de la catastrophe on se posera la question de savoir si l'aide est parvenue à bon port et comment elle fut utilisée.
Ce qui est déplorable dans notre système humanitaire, c'est la logique de l'urgence. Des images chocs dans l'actualité soulèvent la compassion et suscitent le don. Mais qu'en est-il ensuite ? On nous dit qu'il faudra 10 ans pour reconstruire Haïti. Alors oui, certes, des dons ont été faits, plus que pour le Tsunami même, c'est dire. Mais qui fait le suivi ? qui nous tient au courant de l'état de la reconstruction sur une base régulière ? Quand je lis comment ont parfois été utilisés les dons du Tsunami (c'était il y a 5 ans, on peut donc avoir un certain recul), ça ne me donne guère envie de redonner lors de la prochaine catastrophe...
Comment se fait-il qu'à l'ère des médias sociaux, mon don ne me permette pas de participer ou du moins de suivre en temps (presque) réel ce qui se passe sur place?
Nous vivons désormais dans un monde où l'on veut savoir ce qu'il se passe, surtout qu'en tant que donateur je me retrouve participant actif de la reconstruction. Je veux savoir comment mon argent est dépensé, et par qui. J'ai besoin de témoignages. J'ai surtout besoin qu'on me prouve que mon geste a été utile. Et que je devrais poursuivre ma générosité. Il n'appartient pas aux médias d'attirer mon attention tous les 6 mois sur l'humanitaire. Je dois me sentir impliqué par mon ONG. Pourquoi pas plus de blogues par exemple ? Ça ne serait pas bien difficile à mettre en place. Tous les envoyés sur place sont capables de bloguer. Qui sait utiliser un traitement de texte peut bloguer, pour peu qu'on le lui demande gentiment... Pas besoin de grands moyens.
Les logiques de notre système humanitaire datent d'il y a plus de 50 ans. On n'a guère évolué depuis. Je vois de près les tactiques publicitaires de certaines ONG et fondations. On fait un blitz une ou deux fois par an dans les médias traditionnels, et on arrête, par manque de moyens certes, mais surtout parce que l'argent doit être utilisé pour agir plutôt qu'à communiquer. Bien sur communiquer (pardon on dit "sensibiliser" dans cette industrie) est important, mais combien se donnent la peine de le faire sur le long terme ? Combien d'ONG entretiennent-elles des blogues sur leurs activités ? Combien donnent la parole à ceux qui sont aidés ? Bien peu en vérité. Je décèle une certaine volonté d'aller plus loin, mais souvent par manque de moyens ou de connaissances, on se contente de répéter les bonnes vieilles recettes qui marchent (ou pas), parce qu'on sait le faire.
Quand je consulte les sites de mes ONG préférées, je me retrouve trop souvent à la préhistoire du web. Et quand c'est moderne, trop souvent c'est inefficace.
Si vous avez un blogue d'ONG ou de fondation qui fonctionne, merci de me le faire savoir, je ferai un autre billet sur les bons et moins bons coups dans le secteur... En attendant, pour finir sur une note optimiste (on ne se refait pas), voici ce que fait le CECI pour Haïti: ce n'est pas encore un blogue mais au moins j'ai des infos régulières, et même des témoignages vidéo comme celui ci-dessous. Nous sommes dans la bonne direction.
04:45 Publié dans Humanitaire | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : philanthropie, humanitaire, don
23.03.2009
«Le Pape n'a pas erré, mais les journalistes oui»... selon les évêques du Québec
« Le Pape n'a pas erré, mais les journalistes oui», soutient Mgr Louis Dicaire, évêque auxiliaire, porte-parole de l'assemblée des évêques du Québec.
Monseigneur Dicaire affirme que le Pape a bien fait «de rappeler que le condom n'est effectivement pas une mesure sécuritaire à 100%.» Il ajoute que ce sont les journalistes qui ont erré «en le citant hors contexte. »
Alors parlons un peu de contexte justement. Le SIDA, selon le dernier rapport d'ONUSIDA, touche 33 millions de personnes dans le monde. Pour vous donner une petite idée, c'est l'équivalent de toute la population du Canada. Tous les jours 6500 nouveaux cas sont détectés, et 5600 personnes en meurent. Je répète: tous les jours!
Sur ces 33 millions de séropositifs selon ONUSIDA, 22 millions vivent en Afrique. Soit les deux tiers de la population de la population mondiale touchée par le SIDA.
En 2010, il y aura 18 millions d'orphelins du sida en Afrique méridionale (chiffre de l'OMS cité par Jean Ziegler, rapporteur spécial pour l'ONU en Afrique de 2001 à 2008 dans son livre « La haine de l'occident».)
C'est à ces futurs orphelins, et actuels séropositifs que le Pape est venu annoncer sa nouvelle théorie selon laquelle le préservatif allait faire empirer les choses. Bien sûr, l'Église n'a jamais soutenu le préservatif, et Benoit XVI s'inscrit fièrement dans la ligne de pensée de ses prédécesseurs, mais en franchissant un pas de plus qu'eux. Un pas qu'il aurait aussi bien pu ne pas franchir tout en conservant ses positions. Qu'il soit contre c'est une chose, mais qu'il le crie haut et fort en est une autre.
Même ses équipes sur le terrain l'enjoignent de changer son fusil d'épaule: selon cet article de La Croix, 60 à 70% des membres de certains diocèses africains sont eux-mêmes touchés par le SIDA et réclament des politiques plus réalistes sur la question.
Quand on jouit d'une autorité spirituelle, celle d'un « Trés saint père », et que l'on clame des contre-vérités dangeureuses pour la vie de tant de gens, il devrait y avoir des moyens de contrer ce discours. Quel est le moyen aujourd'hui de faire changer le Pape d'opinion, ou du moins de discours? Y a-t-il une cour de justice devant lequel le trainer pour irresponsabilité, conduite dangereuse pour la santé d'autrui, ou mise en péril de la santé publique? Non bien sûr.
Par contre il existe un moyen à la portée de tous, c'est de parler, d'écrire, de communiquer son (re)sentiment. Le jour où la question fera surface dans votre cercle d'amis, au bureau, ou en famille, manifestez-vous, prenez position, ne restez plus silencieux en attendant que la conversation change de sujet, dites que cela suffit d'entendre de telles énormités. Nous vivons désormais dans un monde où le citoyen peut et doit s'exprimer, en utilisant tous les outils à sa disposition.
L'Eglise, comme toutes les institutions ne pourra rester muette et immobile devant un mouvement populaire important. Elle a d'ailleurs déjà prouvé, dans plusieurs situations récentes, qu'elle avait à coeur l'opinion publique et que cette dernière avait les moyens, et la force, de la faire bouger.
17:27 Publié dans Humanitaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humanitaire, sida, journalistes, pape




