04.09.2009
Une pub pour le WWF met en scène le 11 septembre

Une agence brésilienne a eu le mauvais goût de créer une publicité pour le WWF qui a choqué l'Amérique entière. On ne plaisante toujours pas avec le 11 septembre!
L'agence de pub DDB Brazil pensait impressionner le WWF en lui soumettant une publicité dans le plus pur style du shockvertising, une méthode qui consiste à choquer pour sensibiliser et sur laquelle je me suis déjà plusieurs fois exprimé. On y montre Manhattan vu du ciel avec une centaine d'avions se précipitant sur des tours. Résultat: le WWF a refusé l'annonce, et l'Amérique entière se plaint de l'indécence des images.
Il faut dire que le postulat de base de l'agence démontrait une méconaissance totale du fait sociétal et de sa règle numéro 1: on ne compare pas les causes sociétales. Une cause n'est pas digne d'intérêt (ou plus susceptible d'attirer des dons) en fonction de son nombre de victimes. Il n'existe pas (et ne doit pas exister) de classification de l'horreur.
"Le tsunami a tué 100 fois plus de monde que le 11 septembre - La planète dispose d'une puissance de frappe brutale, protégez-la, respectez-là", peut-on lire dans ce spot.
Cette annonce ignore non seulement cette règle professionnelle de base, mais en plus insulte toutes les victimes des tristement célèbres attentats américains.
Que la pub sorte quelques jours à peine avant la date anniversaire des évènements du 11 septembre incite à penser que l'intention de choquer était délibérée.
Le jour même de sa sortie, /WWFPresitem13540.html" target="_blank">le WWF a publié un communiqué se désolidarisant de DDB et de cette campagne. Deux jours plus tard, le WWF et DDB annoncaient conjointement leur regret d'avoir laissé passer une telle annonce, au mépris du bon goût et de la douleur des victimes.
Pourtant, une version TV est sortie l'automne dernier, et a même gagné un prix au très prestigieux one show.
Ah oui, tant qu'à critiquer, autant apporter une dernière précision pour les publicitaires en herbe: le tsunami de 2004 a été provoqué par un tremblement de terre. Ses liens directs avec les changements climatiques restent donc encore à prouver.
10:19 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : pub, wwf, 11 septembre
09.04.2009
Résultats de la campagne Earth Hour 2009
Un retour sur la campagne mondiale du WWF. Vous avez éteint vos lumières? Vous avez participé à cet élan mondial? Mais était-ce vraiment efficace?
Il y a deux semaines je parlais ici de la campagne Earth Hour qui consistait à éteindre les lumières pendant une heure, le soir du 28 mars, à 20h30, indépendamment de son fuseau horaire. Je voudrais revenir aujourd'hui sur les résultats de cette opération. On dit souvent en marketing qu'il faut mesurer les résultats de nos campagnes.
En web-marketing, de nombreux outils sont disponibles. Mais pour les campagnes sociétales, c'est un peu plus difficile. Par ailleurs dans notre SGV (Société à Grande Vitesse), on parle des évènements du jour, de l'instantanéité, de l'effet d'annonce, mais on revient rarement en arrière pour évaluer, mesurer, et surtout corriger. Je me suis donc demandé si la campagne Earth Hour du WWF avait fonctionné.
Suite à quelques recherches, il ressort qu'il y a un peu de bon, beaucoup de spectaculaire, et quand même pas mal de négatif si on veut être honnête. Habituellement je n'aime pas trop insister sur le négatif, et préfère capitaliser sur le renforcement positif, mais il me semble que regarder les points négatifs pourrait permettre de les éviter l'an prochain.
Une économie de 5%
Sur un plan économie d'énergie d'abord, les résultats sont visibles et flagrants. On considère en moyenne que cette heure sans électricité correspond à une économie de 5%. Pour le Québec entier on parle d'une économie de 150 mégawatts. Pour l'Ontario, ce serait 6%. Pour la France, il s'agit d'une économie de 1% avec 800 mégawatts (l'équivalent de 13 millions d'ampoules de 60 watts eteintes pendant une heure).
Le WWF clame son «grand succés» avec 4000 villes participantes dans 88 pays. 375 monuments célèbres plongés dans le noir tels que les pyramides de Guizeh ou du Louvre, le Christ du Corcovado à Rio, la Tour Eiffel, l'Acropole d'Athènes, La tour CN de Toronto, le stade olympique de Pékin, les chutes de Niagara, ou encore Big Ben.
Tout celà est bien beau, et vu sous cet angle, les résultats sont assez impressionnants certes.
Ce qui est plus inquiétant, c'est de faire l'exercice de comparaison avec les années précédentes. N'oublions pas que cet évènement date de 2007, c'est donc la troisième année consécutive de l'opération Earth Hour. On pourrait donc s'attendre à une croissance exponentielle de la participation et des économies réalisées.
Et bien non, selon la gazette de Montréal, l'économie réalisée est exactement la même que celle de l'an dernier. Pire, si on regarde du côté de l'Australie, instigatrice du projet, un blog du journal HeraldSun déplore une baisse de l'implication des entreprises australiennes. Au niveau des entreprises inscrites pour participer à l'heure de la terre, un tiers seulement des entreprises se sont inscrites par rapport à l'année précédente.
Cette baisse d'implication globale incite même Andy Ridley, directeur du WWF Australie, et coordonnateur de Earth Hour à remettre en cause dans Theage.com la survie de l'évènement pour 2010. Selon lui: « Le futur de l'heure de la terre est soumis aux résultats des discussions sur les émissions de carbone qui se tiendront en décembre à Copenhague.»
Pour ajouter une touche positive, il faut rappeler que cette opération est plus une opération symbolique de sensibilisation pour montrer que chacun peut faire un geste pour la terre. C'est une vaste opération de séduction à l'écologie.
Dans cette perspective le fait que Ban Ki Moon lui-même décrive l'heure de la terre comme la plus grande manifestation de la lutte contre les dérèglements climatiques est un succés en soi. Lors du lancement du cycle de négociations sur le climat qui vise à parvenir à un accord à Copenhague, Yvo de Boer, chef de la mission Climat de l'ONU, a exhorté les délégations des 190 pays à prendre en considération « la voix de la planète». S'exprimer la veille de cet évènement historique montre qu'il était important de poser ce geste, et que tous ceux qui l'ont posé ont eu raison de le faire.
Les Canadiens prêts à aller plus loin
Au Canada, selon une Etude d'Ipsos News Centre: c'est seulement 61% des Canadiens qui ont participé à l'évènement. L'heure de la terre a tout de même rempli ses objectifs puisque les 3/4 de la population (74%) sont d'accord pour dire que l'évènement les a amené à penser à ce qu'ils pourraient faire pour aider l'environement, y compris 59% de ceux qui n'ont pas participé. Une quasi unanimité convient surtout (à 96%) qu'éteindre les lumières pendant une heure ne suffit pas pour aider l'environnement. Peut-être que l'an prochain nous éteindrons la lumière une journée entière. Peut-être même serons-nous incités à réduire de manière mesurée et calculée notre consommation?
Il me semble pourtant que bien que l'opinion soit maintenant sensibilisée à la cause. Il faut désormais la traduire dans les faits et surtout dans nos façons de consommer, surtout au niveau des industries. J'ai toujours quelques doutes sur la finalité de ces opérations.
C'est comme quand on m'explique que je devrai fermer le robinet d'eau pendant que je me lave les dents, ou qu'on me demande de n'utiliser que des détergents sans phosphate, alors que l'on sait que 20% de l'eau montréalaise est perdu dans le système de canalisations vétustes AVANT d'arriver chez moi, et que l'essentiel de la pollution aux phosphates est attribuable à l'agriculture. Quoique je fasse, mes efforts personnels n'ont que des effets minimes. Par contre, le fait de les inculquer à mes enfants font que lorsque cette génération dirigera des entreprises et des pays, ils seront sensibilisés à la question et gèreront les ressources différemment. Mais on joue-là une partie sur du très long terme...
NOTA: Les photos ci-dessus font partie de la page Earth Hour 2009 du WWF Canada sur Flickr
17:52 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : wwf, earth hour, 2009, changement climatique






